IFRS 18 : ce que toute scale-up doit comprendre avant fin 2026

L’IFRS 18 entre en vigueur le 1er janvier 2027. Ce que peu de fondateurs réalisent encore : c’est 2026 l’année critique, pas 2027. La norme s’applique de façon rétrospective, ce qui signifie que vos chiffres 2026 devront être retraités selon le nouveau format dans vos états financiers 2027. Le chantier commence maintenant.

Ce que vous allez apprendre : ce que change concrètement IFRS 18 par rapport à l’IAS 1, qui est réellement concerné parmi les start-ups et scale-ups françaises et ce que vous devez anticiper dès cette année.

Mini-sommaire

Pourquoi IFRS 18 est le changement comptable le plus important depuis 20 ans ?

Le président de l’IASB, Andreas Barckow, l’a lui-même qualifié d’évolution la plus importante dans la présentation de la performance financière depuis l’introduction des normes IFRS. Ce n’est pas une formule de communication : la norme IAS 1, qu’IFRS 18 remplace, ne prescrivait quasiment aucun sous-total obligatoire dans le compte de résultat. Chaque groupe présentait son « résultat opérationnel » à sa façon. La comparaison entre entreprises était un exercice d’interprétation. L’objectif d’IFRS 18 est d’harmoniser ces pratiques pour permettre aux investisseurs de disposer d’informations plus transparentes et comparables sur la performance financière.

Concrètement, la norme introduit trois changements structurels.

 

Les 3 changements clés d’IFRS 18

 

1. Une nouvelle structure obligatoire du compte de résultat

IFRS 18 impose une structure standardisée du compte de résultat articulée autour de trois catégories : opérationnelle, investissement et financement, avec des sous-totaux obligatoires.

Ce qui change concrètement : jusqu’ici, les groupes glissaient souvent des éléments financiers ou des produits de cession dans leur « résultat opérationnel » selon leur convenance. Désormais, les catégories Investissement (placements, quote-part de résultat des sociétés mises en équivalence) et Financement (charges et produits d’intérêts, coûts de la dette) sont strictement définies. La catégorie opérationnelle est définie comme résiduelle : elle capte tout ce qui ne relève pas des deux autres, ce qui peut conduire à reclasser dans l’opérationnel des éléments qui en étaient historiquement exclus.

Deux sous-totaux deviennent obligatoires dans tous les comptes IFRS : le résultat opérationnel et le résultat avant charges de financement et impôt. Pour les scale-ups qui communiquent sur leur EBITDA, leur résultat opérationnel courant ou leur marge brute dans leurs board decks et rapports aux investisseurs, ces indicateurs vont devoir être repositionnés par rapport à ces nouveaux sous-totaux normés.

 

2. L’encadrement des MPM (Management Performance Measures)

C’est probablement le changement le plus impactant pour les scale-ups. Les MPM sont tous les indicateurs de performance que vous utilisez dans votre communication financière externe (rapports aux investisseurs, communiqués de levée, board decks) qui ne sont pas définis par les normes IFRS elles-mêmes : EBITDA ajusté, ARR, MRR, résultat opérationnel courant, contribution margin, etc.

IFRS 18 exige que ces indicateurs soient désormais présentés dans une note annexe unique des états financiers, avec leur définition, leur utilité déclarée, et une réconciliation avec le sous-total IFRS le plus proche. Cette note sera auditée.

Pour une scale-up habituée à communiquer librement sur son ARR ou son EBITDA « ajusté des éléments non récurrents », cela implique de documenter précisément ce que vous excluez de votre calcul, pourquoi, et de montrer comment vous passez de votre MPM à la ligne normée. Ce n’est pas insurmontable, mais ça demande un travail de définition et de gouvernance des indicateurs que la plupart des équipes finance de scale-ups n’ont pas encore fait.

 

3. Le tableau des flux de trésorerie revu

Le point de départ de la méthode indirecte du tableau des flux de trésorerie devient obligatoirement le résultat opérationnel tel que défini par IFRS 18, et non plus le résultat net. Les options de classification des intérêts et dividendes sont également supprimées : les intérêts versés vont en financement, les intérêts et dividendes reçus vont en investissement. Pour les groupes qui classaient ces éléments en opérationnel pour gonfler leur cash-flow opérationnel, c’est un ajustement significatif.

 

Qui est concerné parmi les start-ups et scale-ups françaises ?

La réponse nette : les sociétés qui appliquent déjà les normes IFRS pour leurs comptes consolidés. En France, cela concerne :

  • Les groupes cotés sur Euronext ou un marché réglementé (obligation depuis 2005).
  • Les scale-ups dont le pacte d’associés impose des comptes IFRS aux investisseurs (c’est fréquent dans les fonds Série B et Growth internationaux).
  • Les groupes qui ont choisi volontairement les IFRS pour leurs consolidés (décision souvent prise en anticipation d’un tour international ou d’une IPO).
  • Les filiales françaises de groupes internationaux qui remontent leurs données en IFRS à la maison mère.

 

⚠ Ce que ça change même si vous êtes en normes françaises ANC

Si vous n’êtes pas en IFRS aujourd’hui mais que vous visez une levée Growth, une introduction en bourse ou une acquisition par un groupe international à horizon 2027-2029, vos investisseurs ou acquéreurs potentiels travailleront en IFRS 18. Comprendre la norme maintenant, c’est anticiper les retraitements qui vous seront demandés lors de la due diligence. Et si vous êtes en cours de transition IFRS, intégrer directement IFRS 18 dans votre projet de bascule est plus efficace que de migrer deux fois.

 

Pourquoi 2026 est l’année d’action, pas 2027 ?

L’application d’IFRS 18 est rétrospective : les entreprises devront retraiter et présenter les chiffres de 2026 selon le nouveau format dans leurs états financiers 2027. Concrètement, si votre exercice clôt le 31 décembre, vos premiers états financiers IFRS 18 seront ceux du 31 décembre 2027, mais ils devront inclure les comparatifs 2026 retraités. Pour les groupes qui publient des comptes semestriels, la première application sera effective dès le 30 juin 2027, avec retraitement du 30 juin 2026.

Ce que ça implique en pratique :

  • Votre plan de comptes 2026 doit être structuré pour permettre la ventilation en trois catégories (exploitation, investissement, financement) sans retraitement fastidieux a posteriori.
  • Vos MPM doivent être définis et documentés avant la clôture 2026.
  • Votre outil de consolidation doit être capable de produire le nouveau format de compte de résultat et le nouveau tableau de flux.

 

Une étude FinHarmony publiée en mars 2026 basée sur 22 directions financières révèle que 48 % d’entre elles n’anticipaient pas encore d’impacts significatifs, et que 63 % estiment nécessaire de détailler davantage leur plan de comptes. Ce chiffre dit quelque chose d’important : la sous-estimation du chantier est réelle, y compris chez des équipes finance expérimentées.

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Premièrement, faire un diagnostic d’impact : ligne à ligne sur votre compte de résultat, identifier quels postes basculent dans quelle catégorie. Deuxièmement, inventorier vos MPM : lister tous les indicateurs que vous publiez en dehors de vos états financiers stricts et décider lesquels maintenir, avec quelle définition et quelle réconciliation. Troisièmement, vérifier vos covenants bancaires : les clauses de financement et les systèmes de primes liés à des mesures de performance comme le résultat opérationnel devront être examinés, car les nouvelles définitions peuvent modifier leur interprétation. Quatrièmement, adapter votre outil de consolidation en choisissant une solution qui intègre déjà les trois catégories IFRS 18 dans son plan de comptes natif.

 

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Les groupes qui abordent IFRS 18 de façon proactive en ressortent souvent avec une meilleure cohérence entre leurs indicateurs internes et leur communication financière externe, un plan de comptes mieux structuré et une data room plus robuste pour les prochaines levées ou cessions. C’est la différence entre subir une mise en conformité et l’utiliser comme levier de maturité financière.

Chez wilhow, nous accompagnons les scale-ups dans l’analyse d’impact IFRS 18, l’adaptation du plan de comptes et des outils de consolidation, et la définition de la gouvernance des MPM. Ces sujets s’articulent directement avec notre accompagnement sur la consolidation des comptes et le reporting groupe multi-entités. Contactez-nous !

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